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Une mise au vert pour sortir du rouge

Business > Stratégie

par Alexandre Lejeune

Dans un contexte économique tendu, la différenciation rafle la mise dans le jeu de la concurrence officinale. La conscience verte replace le pharmacien au cœur de son métier

D’après une étude CSA RESEARCH, publiée en avril

2016, la masse moyenne des Médicaments Non Utilisés

relevée au sein des foyers français a diminué de 10 %

par rapport à 2014.


Une tendance au vert pâle

« Le Développement Durable est un mode de fonctionnement qui répond aux besoins de la société présente sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. »  Cette idée, issue du rapport Brundtland, traduit une activité à trois dimensions : économique, sociétale, environnementale ; trois dynamiques inhérentes aux pharmaciens. Pourtant « la croix verte » peine à investir ce nouvel horizon. Des approches montrent la voie, comme celle de Sophie Gaudin, fondatrice de Pharm O’ naturel, qui allie un aménagement spécifique de l’officine avec une offre de produits bio : « J’ai souhaité créer un espace orienté vers le bien-être. J’utilise des lampes basse consommation, des peintures aux pigments naturels, des matériaux en bois et des sols en plastiques recyclés. » Une réussite !Le Concept Store capte et fidélise la clientèle or le phénomène reste marginal. Manque de temps, de formation, latence des retours sur investissements, le soufflé retombe vite malgré un soutien législatif et réglementaire appuyée.

Un climat propice

Les pouvoirs publics, en France, ont, très tôt, pris la mesure de l’importance d’une gestion raisonnée des activités humaines et notamment dans l’industrie pharmaceutique. La loi du 1er avril 1992, relative à l’abandon des emballages, oblige les producteurs de médicaments à une meilleure gestion de leurs déchets. L’association Cyclamed voit le jour en 1993. Elle instaure un dispositif de récupération et valorisation des médicaments à usage humain, non utilisés ou périmés. Le réflexe devient instinctif : les particuliers rapportent, en officine, leurs médicaments, séparés de leur boîte et leur notice. L’Association organise et encadre leur collecte et leur destruction. En 2015, elle affiche un taux de récupération de 64 % avec 12 108 tonnes de déchets médicamenteux traités. Un succès favorisé par la communication et l’innovation, chères à son président, Thierry Moreau Defarges :
« Nous menons, depuis plusieurs années, des campagnes de communication, à destination du grand public, via la télévision, et des pharmaciens par l’envoi de newsletters, d’affiches et de vitrophanies. De même, nous avons développé, l’année dernière, une application mobile : Mon armoire à pharmacie, permettant au patient de gérer lui-même ses gestes écocitoyens. » La valorisation énergétique reste le fer de lance de sa démarche : 55 unités transforment les médicaments non utilisésen énergie suffisante pour éclairer et chauffer 7000 logements pendant une année.
Autre préoccupation : l’élimination des déchets d’activités de soins à risques infectieux produits par les patients en auto traitement. Perforants, coupants, tranchants, jetés au milieu des ordures ménagères, ils causent de nombreux accidents. À la demande des collectivités locales, le Grenelle de l’Environnement a acté la mise en place de cette filière de collecte séparée. l’Association   DASTRI, a été créée en 2012, elle est actuellement financée par 51 entreprises de Santé et est agréée par l’État. À noter que cette initiative est unique en Europe. L’éco-organisme met à disposition « des “boites à aiguilles” jaunes à couvercle vert, destinées à recueillir les dispositifs médicaux perforants utilisés par les patients en auto traitement.



Laurence Bouret, Déléguée générale, nous rappelle la triple vocation de l’Association : « Nous approvisionnons le réseau pharmaceutique qui distribue plus de 2 millions de boites à aiguilles
par an. Après utilisation, elles sont rapportées dans plus de 15 000 pharmacies volontaires par les patients concernés. Nous prenons ensuite en charge l’élimination de ces déchets. Pour faire connaitre le dispositif et convaincre les patients de bien trier et de rapporter leurs boites en pharmacie, nous menons diverses actions de communication. »
Formation et évaluation accompagnent les titulaires dans l’intégration de pratiques solidaires et naturelles. Un chemin de longue haleine tracé par la labellisation. Le groupe PHR, pionnier en la matière, a créé, en 2009, avec l’expertise de Bureau Veritas Certification, un label « Pharmacie Durable, Action de Santé publique et Responsabilité sociétale », spécifiquement rédigé pour l’activité officinale et validé par un comité d’experts indépendants. Il présente 3 volets pour 3 catégories d’actions : la Santé publique, le Management responsable et le respect de l’Environnement. De même, LUCIE, agence de gestion et d’attribution du label Développement Durable de référence en France, travaille en étroite collaboration avec Afnor Certification et VigeoEiris pour évaluer, développer et valoriser les actions de progrès en RSE des entreprises. Bruno Pireyn, Directeur des opérations, résume ainsi les grandes étapes de cette démarche de progrès en RSE : « Après avoir fait son auto-évaluation RSE,  l’entreprise établit, avec ses principales parties prenantes (collaborateurs, fournisseurs, partenaires, clients…) un plan de progrès sur 3 ans, qui est ensuite soumis à un Comité de labellisation anonyme et indépendant ; lequel va évaluer non pas la performance de la société, mais sa volonté de progresser en prenant des engagements concrets, datés et mesurables. »
Le Le concept de pharmacie Pharm O » naturel propose un aménagement et un design spécifiques de l’officine en privilégiant les matériaux écoresponsables

Une ressource naturelle pour la croissance

L’âge d’or de la Pharmacie appartient au passé ; son âge de raison à l’avenir. Marges rognées, Chiffres d’affaires en berne, fermetures, la crise franchit aussi le seuil des officines. Et si l’écoresponsabilité permettait de remettre les compteurs à zéro ? Lydia Boucher, Consultante et formatrice en Développement Durable, n’en doute pas : « Il devient primordial, pour les pharmaciens, de comprendre les enjeux commerciaux, sanitaires et environnementaux. Ils doivent se mettre en adéquation avec le monde moderne et ses inspirations. Les entreprises qui adoptent cette stratégie dopent leur chiffre d’affaires de 20 % en moyenne. » Spécialisation, management responsable de la gestion des stocks, économies sur le coût de l’activité, les professionnels de santé disposent d’une ressource inestimable et durable tant pour la Santé publique que pour leur commerce.
Au Québec, malgré une législation moins définie, des actions novatrices éclosent dans le paysage pharmaceutique de la Belle Province. Marc André Mailhot, pharmacien de formation, a créé, en 2012, Maillon Vert, un réseau d’accompagnement des pharmacies impliquées dans le soin de la communauté et de son habitat : « Nous avons axé notre expertise autour de 15 grandes actions comprenant les produits et les services, les matières résiduelles, les déchets opérationnels, l’implication sociale ou encore l’Énergie et les Transports. » Parmi les écogestes à relever, l’installation de toits verts et de plantes grimpantes pour une diminution de la consommation électrique, une réduction des îlots de chaleur et une filtration de l’air extérieur. À noter également l’utilisation de voitures hybrides ou électriques.

Le Développement Durable marrie qualité et sûreté, prévoyance et proximité, droits de l’homme et croissance. Une opportunité, pour la Profession, d’arborer ses deux couleurs fétiches : le blanc de la Santé publique et le vert de l’Écologie.

Pour aller plus loin : www.pharmonaturel.com
www.cyclamed.org
www.dastri.fr
www.labellucie.com
www.groupephr.fr
www.nutrition-durable.com
www.maillon-vert.com

 
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